Catalogne, 2017  
     
   

_accueil

_publications

_textes en ligne

_liens

 

 
 

Mes chers amis hollandais,

Je vais essayer de répondre à vos mails récents au sujet de la Catalogne. À vous lire, j’ai l’impression que vous vous imaginez que je serais devenu, la vieillesse arrivant, un nationaliste réactionnaire ! Ce n’est bien sûr absolument pas le cas, je reste résolument internationaliste, autant sinon plus que quand j’avais 20 ans ! (je n’ai d’ailleurs pas le choix, je suis international moi-même...)

Je peux en tout cas déjà vous dire que je ne crois absolument pas que dans une Catalogne enfin indépendante il n’y aura plus de cas de cancers ! Tout cela fait partie de l’excitation hystéroïde actuelle, le désarroi des esprits accompagnant toujours les grands événements.

 
   
 

HISTOIRE (résumé rapide)

 
 

Un peu d’histoire tout d’abord, pour montrer que par le passé la Catalogne a déjà été plusieurs fois indépendante, et tout à fait en droit de se considérer comme une nation, culturellement, économiquement et politiquement, et qu’au sens de la charte de l’ONU elle a même le droit de se déclarer indépendante. Histoire rapide, mais quand même un mot sur les grecs ! Ce sont les Grecs qui ont donné leur nom aux catalans et à la Catalogne : les belles amphores que le commandant Cousteau a commencé à sortir de la mer vers 1930, témoignaient de la vigueur du commerce méditerranéen des Grecs. Or, ces marchands grecs ont découvert, du côté de la Costa Brava, des gens qui résolvaient vraiment les problèmes… Le verbe résoudre en grec se dit kataluein !  Autre preuve des origines grecques des catalans, les Grecs ont apporté à leur colonie appelée Emporion (l’Ampurias actuel), une danse en rond qu’ils appelaient Sardax : la Sardane actuelle ! Je trouve caractéristique des catalanistes réactionnaires actuels et de leur infantilisme narcissique-nationaliste, qu’ils refusent de reconnaître leurs racines grecques ! Lorsque j’ai été reçu à la mairie de Barcelone par la mairesse Ada Colau, au sujet des banderoles avec la photo de ma mère Marina, dont elle avait décoré toute la ville pour commémorer les 80 ans de la guerre civile et de la résistance populaire catalane (le coup d’État fasciste fut vaincu rapidement à Barcelone), je lui racontai que la sardane était grecque, et même elle reçut cette nouvelle très froidement…

 
 

Mais revenons à l’époque moderne. En incluant celle de la semaine dernière, il y a eu jusqu’à présent déjà quatre Républiques catalanes ! Vous pourriez lire dans Wikipédia l’article très détaillé sur la Catalogne, qui montre comment celle-ci a émergé en tant que réalité nationale dès le IXe siècle, comment une première République catalane a été proclamée dès 1640, une république protégée par la France. Celle-ci ne put durer que quelques mois, l’Espagne entreprit de récupérer la Catalogne (le Portugal profita de cette guerre d’indépendance et se sépara de la Couronne espagnole).  Els Segadors (Le chant des Faucheurs) est alors devenu l'hymne national catalan. Plus tard, au XVIIIe siècle, la Guerre de Succession d’Espagne se termina par la victoire de Philippe V, un Bourbon petit-fils de Louis XIV, qui était opposé, au niveau interne, aux territoires de la Couronne d’Aragon, notamment à la Catalogne. Des États tels que la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas défendirent les Catalans, favorables à ce que l’archiduc Charles III d’Autriche, un Habsbourg, devienne le nouveau monarque espagnol. Les alliés de l’Autriche, après le Traité d’Utrecht de 1713, retirèrent leurs troupes de la plupart des fronts, laissant les Catalans seuls dans leur combat. Après 14 mois de bombardements et de siège, Barcelone capitula face aux troupes des Bourbons. La répression fut féroce. Philippe V abolit les lois et institutions de Catalogne, ainsi que du reste des territoires de l’ancienne Couronne d’Aragon, pour que le pays soit régi par les lois absolutistes de Castille. Ceci fut le point de départ de l’unité territoriale et politique espagnole.

 
 

Au début du XIXe siècle, pendant les guerres napoléoniennes, les armées françaises et espagnoles se sont combattues pendant plusieurs années. En 1810 Napoléon autorisa la Catalogne à devenir une République indépendante sous contrôle français. Deuxième République catalane ! Ce fut une période trouble qui déboucha sur l’annexion de la Catalogne à l’Empire français en 1812. Finalement en 1814, suite à la défaite napoléonienne, la Catalogne réintégra le royaume d’Espagne. Notons en passant le caractère tragique pour l’Espagne de la défaite de Napoléon : héritier, malgré tout, de la révolution française, les troupes de Napoléon étaient venues libérer l’Espagne de leur archaïsme symbolisé notamment par la Sainte Inquisition, aux cris de « nous venons vous libérer de vos chaines ! » À quoi les guerilleros endoctrinés par leurs curés répondaient (c’est resté célèbre !) « ¡vivan las cadenas ! », vivent nos chaînes ! Il n’y a que nos islamistes actuels pour être plus rétrogrades…

 
 

Pendant le XIXe siècle, un mouvement culturel connu sous le nom de Renaixença (renaissance) promut la langue, ainsi que l’art et l’architecture catalans ; Antoni Gaudí est un des personnages les plus représentatifs de ce mouvement. Intellectuels, écrivains et autres artistes se sentirent fiers d’appartenir à la culture catalane et décidèrent de publier la plupart de leurs travaux en catalan. Parallèlement à la révolution industrielle catalane, la Renaixença fut un des moteurs du catalanisme au long du XIXe siècle. Ce nationalisme catalan, ou « catalanisme », apparaît en même temps que la révolution industrielle, dont les conséquences sociales seront à la fois l’émergence d’une riche bourgeoisie catalane, mais aussi celle d’un prolétariat combatif, davantage anarchiste (CNT, AIT) que socialiste (PSOE). C’est à cette époque que se situe le roman de ma mère Marina Ginestà D’autres viendront… qui décrit les luttes de classe en Catalogne, notamment dans les milieux anarchistes, ainsi que la grande grève de La Canadiense, où les ouvriers ont conquis finalement la journée de 8 heures, de haute lutte.

 
 

En 1931, les élections locales furent remportées en Catalogne par le parti de la gauche républicaine Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) qui existe encore de nos jours. Le 14 avril 1931 le leader du parti, Francesc Macià, proclama l’État catalan 60 minutes avant la proclamation de la deuxième République espagnole à Madrid. Quelques heures après, il accepta d’intégrer une Fédération de Républiques ibériques. Trois jours plus tard et en accord avec le gouvernement de la deuxième République espagnole, le Président Macià accepta la création d’un gouvernement provisoire catalan sous le nom de Generalitat de Catalunya, inspirée par l’institution du Moyen-Âge, la Diputació del General.

Forcé par les évènements, le roi Alphonse XIII dut partir en exil, à Paris, dans le 16e

 
 

Le 17 juillet 1936, le coup d’état militaire de Franco et trois autres généraux eut lieu au Maroc espagnol avec le soutien de l’armée et des partis réactionnaires et cléricaux, pour en terminer avec la République espagnole. En Catalogne comme en Espagne le coup d’état échoua le 19, et se transforma en guerre civile, qui dura jusqu’en 1939 et provoqua des centaines de milliers de morts et de réfugiés. La société civile fut terriblement meurtrie pendant ce conflit, elle souffrit d’innombrables bombardements, notamment à Barcelone, ville qui fut bombardée par l’aviation mussolinienne et par la légion Condor de la Luftwaffe. La Catalogne a aussi été le cadre de la plus grande bataille de la guerre, la bataille de l’Èbre, à laquelle participa mon oncle Albert, le frère de Marina (ainsi que, à l’âge de 15 ans, Vicente, le papa de mon amie Isabelle Alonso) et dans laquelle périrent plus de 15 000 républicains. Pendant la guerre, plus de 50 000 Catalans moururent. L’armée républicaine de l’Èbre ayant été détruite, Barcelone tomba en 1939 sans combattre.

 
 

Après la victoire fasciste en février 1939, plus de 500 000 personnes, dont 200 000 Catalans, furent forcés de partir en exil ; beaucoup d’entre eux ne revinrent jamais, comme mon père et mes grands-parents maternels. Lluís Companys, président de la Catalogne réfugié en France, fut livré par Pétain à Franco et fusillé en 1940 par un peloton d’exécution, c’est un fait unique dans l’histoire des présidents élus européens. Franco imposa en Espagne une dictature fasciste qui dura près de 40 ans. Il abolit tous les partis politiques, et tous les droits démocratiques ainsi que la liberté d’expression et la liberté d’association. En Catalogne, le régime de Franco fut spécialement dur, il abolit entre autres son Statut d’autonomie et la Generalitat. La langue catalane, ainsi que les symboles catalans, furent interdits dans la vie publique du pays ainsi que dans les écoles et au niveau littéraire.

 
 

Pendant la dictature fasciste de Franco, la Generalitat a continué à fonctionner en exil en France. Après avoir perdu la guerre en 1939, le président Lluís Companys s’était réfugié en France, mais après son exécution à Montjuïc, le rôle du président en exil continua. Après Companys, Josep Irla puis Josep Tarradellas furent les présidents de la Generalitat jusqu’en 1977, date à laquelle l’institution fut reconnue à Madrid par les successeurs de Franco, qui mettaient sur pied la farce institutionnelle de la prétendue « transition démocratique ». Pendant cette période de la Transition, la société civile catalane se mobilisa pour faire entendre ses désirs et ses aspirations démocratiques  – en 1977 eut lieu la première grosse manifestation après la mort de Franco, plus d’un million de personnes descendirent dans la rue pour plus de liberté, pour l’amnistie et pour un nouveau statut d’autonomie. Avant même que la nouvelle Constitution espagnole ne soit approuvée, le président de la Generalitat élu en exil, Josep Tarradellas, retourna en Catalogne le 23 d’octobre 1977. Il restaura la Generalitat et créa un gouvernement intérimaire.

 
 

LA TRANSITION N’ÉTAIT QU’UNE FARCE !

 
 

L’Espagne actuelle est-elle réellement démocratique, me demande mon vieil ami Igor Cornelissen ? J’essaierai donc maintenant de vous montrer que la Constitution espagnole de 1978, bien que calquée sur celle très démocratique de l’Allemagne, comme le fait remarquer mon autre ami Kees Rodenburg, a été adroitement manipulée pour sauvegarder les intérêts de quelques vieux franquistes, et maintenant de leurs descendants, qui ont gardé la mainmise sur tous les postes clés administratifs, juridiques, militaires, et politiques. Souvenons-nous qu’en 1935 Staline a fait adopter, pour l’URSS, la constitution la plus progressiste au monde, celle de la Suède ! Ne parlons pas de l’application stalinienne de cette magnifique constitution… En Espagne s’est produit quelque chose de semblable, la période de la transition me fait penser au film célèbre de Visconti, Le guépard (Il gattopardo), dans lequel un aristocrate sicilien explique au sujet de l’avènement de la république italienne « il fallait que tout change, pour que rien ne change ! » En Espagne, le monde entier a cru que le national-catholicisme de Franco était définitivement mort quand apparemment tout avait changé avec la Movida, la grande liberté de ton des films d’Almodovar, la légalisation de l’avortement, etc.,etc. Poudre aux yeux que tout cela ! Avant de mourir en 1975 Franco l’avait bien dit : « todo está atado, y bien atado ! », tout est arrimé et bien arrimé ! Autrement dit, avec le travail du fascisme et de l’Opus Dei en profondeur dans la société espagnole pendant 40 ans, il n’y aura que des changements cosmétiques, nous garderons, caché, l’essentiel du pouvoir… Les historiens du franquisme savent bien à quel point Franco était un adroit manœuvrier. Il fit fusiller sans jugement des dizaines de milliers de « rouges », nos camarades, et récemment Anthony Beevor a parlé de 200 000 ou 225 000 fusillés jusque dans les années 1950. Mais dès le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, il imposa que les sentences de mort soient prononcées par des tribunaux militaires… Il a commencé des pourparlers avec les Alliés, et quelques jours avant son suicide Hitler reçut la nouvelle dans son bunker que Franco venait de déclarer qu’il n’avait jamais été fasciste ! Le Führer se mit à hurler que Franco était le plus grand salopard d’hypocrite que la terre ait jamais porté… Je suis au regret de devoir vous avouer que, pour une fois, je me retrouve totalement d’accord avec Hitler. Après la capitulation du Japon en septembre 1945, Franco recula encore et prit la décision d’abolir le salut fasciste à la romaine, et de commencer à réduire le pouvoir de la Falange fasciste, qui dérangeait désormais. Il se voyait déjà sans doute pendu par les pieds, comme Mussolini ! Mais Franco fut sauvé par Staline. Dès la chute du « rideau de fer » (expression que Churchill emprunta sans gêne aucune à Goebbels !), et la peur des « démocraties occidentales » (en termes marxistes, des dictatures de la bourgeoisie…) devant la perspective d’une mainmise communiste sur la France et l’Italie, Franco commence à apparaître comme un partenaire acceptable à leurs yeux, finalement il avait été le premier à remporter une victoire contre le bolchevisme !

 
 

Pour que mes amis français comprennent mieux la situation particulière de l’Espagne actuelle, je leur raconte parfois l’histoire suivante : imaginez qu’en France de Gaulle n’ait jamais existé. Roosevelt a toujours détesté de Gaulle d’ailleurs, et s’il n’avait pas existé il n’aurait pas eu de problème pour collaborer avec Vichy, comme il a longtemps essayé de le faire. Après la victoire sur l’Allemagne, et l’émergence de la menace soviétique, son successeur Truman garde en place Pétain et son régime ! Tous les grands collaborateurs qui furent fusillés à la Libération de la France auraient, au contraire, été promus à des postes honorifiques et maintenus au pouvoir ! C’est impensable ? C’est pourtant exactement ce qui s’est passé pour l’Espagne ! Et pendant 40 ans ! Il n’y a jamais eu de jugement de Nuremberg en Espagne, et quand le juge Baltasar Garzón (qui avait tellement indigné Margaret Thatcher en faisant arrêter Pinochet) a voulu juger les crimes du franquisme, comme l’y autorisaient les nombreux dossiers de plaintes de victimes, non seulement les institutions héritées du franquisme, les magistrats néo franquistes, le lui ont interdit, mais c’est lui qui a été puni, et interdit d’exercer son métier pendant plus de 10 ans ! A l’heure actuelle, cela a été aussi le cas d’une demi-douzaine d’autres juges et magistrats antifranquistes. Et aucune indemnisation des victimes de la dictature n’encore eu lieu, 40 ans après la mort du dictateur.

 
 

Je suivrai maintenant les grandes lignes de l’excellent article de Sébastien Bauer, dans Le monde diplomatique de novembre 2017, « la crise catalane est née à Madrid ». Son argument central : en profondeur, le problème de la crise actuelle correspond aux fait que la Constitution espagnole de 1978 n’a jamais évolué depuis, perdant peu à peu le contact avec la réalité de la société qu’elle devait structurer : « la lecture séparatiste du problème n’explique pas pourquoi le Premier ministre espagnol incendie la Catalogne le 1er octobre (avec les charges de sa police nationale contre ceux qui voulaient voter, parfois des vieilles personnes) puis appelle à y tenir des élections, ni pourquoi son homologue catalan déclare une indépendance sans aucun effet réel et qui mécontente autant ses partisans que ses adversaires. La réponse est que la crise catalane constitue une forme de territorialisation de conflits nés ailleurs. » « En 1978, la Constitution avait été conçue comme le point de départ d’une transition entre le franquisme et la véritable démocratie, mais elle a fini par entraver le processus qu’elle devait rendre possible ». « Le régime franquiste avait organisé la société autour du Mouvement national et du Syndicat vertical. Après la mort du dictateur, l’Espagne s’est ouverte au pluralisme politique et syndical, mais elle n’a pas fondamentalement changé la définition de leurs fonctions. Les citoyens votent pour une formation qui choisit ensuite ses députés sur une liste close, à proportion du score général obtenu. Et ces derniers n’effectuent pas de permanence dans leur circonscriptions… »

 
 

Cela veut bien dire, je reprends la parole, que les institutions espagnoles issues de la constitution de 1978 ne sont pas réellement démocratiques, mais qu’elles se limitent à un compromis entre démocratie et franquisme ! Et notamment le parti politique héritier du franquisme, le PP de Mariano Rajoy. L’accession en 1986 au marché commun européen à masqué cette sociologie politique profonde de la réalité espagnole. Difficile à croire ? Et oui, les films d’Almodovar sont très amusants… Pourtant, en Espagne, un très grand nombre de règlements européens sont totalement contournés. Un seul exemple parmi beaucoup, la séparation entre l’église et l’État que prévoyait cette Constitution reste quasiment lettre morte. En réalité l’église espagnole reçoit une dizaine de milliards d’euros par an en subventions directes. Raison pour laquelle le PSOE et Podemos avaient demandé la révocation du concordat avec le Vatican, naturellement sans aucun succès.

 

   accueil

_publications

_textes en ligne

_liens

 

Mais la pire conséquence du gel de l’évolution de la constitution de 1978, c’est l’énorme degré de corruption dans toute l’Espagne, y compris en Catalogne, où l’ancien président de droite de la Generalitat Jordi Pujol a semble-t-il définitivement pu éviter la prison (il a détourné un peu moins de 7 millions) en déclarant qu’il avait des dossiers sur tout le monde, et que s’il tombait tout le monde tomberait avec lui ! Grâce à ce chantage incroyable il n’y a eu aucune poursuite judiciaire contre Pujol, tous ses petits camarades tremblent de peur… Corruption même à la tête de l’État, dans la famille royale ! Déjà si Juan Carlos, le dauphin de Franco, a finalement abdiqué et cédé la place à son fils Felipe, c’est en grande partie à cause des scandales de corruption de certains membres de la famille royale. Il y a quelque temps le journal Le Monde chiffrait le montant global de la corruption en Espagne à quelque 45 milliards d’euros… Rajoy est profondément compromis dans ces scandales financiers, une majorité d’espagnols est exaspérée, surtout la jeunesse qui s’était mobilisée pour les Indignés : s’il perdait les prochaines élections, Mariano Rajoy aurait d’excellentes chances d’aller en prison. D’où le soupçon très simple, et si toute cette crise catalane n’avait été provoquée par le PP, et à chaque étape aggravée dans une stratégie de la tension, y compris en envoyant en prison le gouvernement catalan actuel, massivement élu, tout simplement pour éviter d’y aller, eux, en prison !

 
 

QUE PENSER DE LA DÉCLARATION D’INDÉPENDANCE DE LA CATALOGNE ?

 
 

Mon opinion personnelle que devant le degré catastrophique de décomposition de la société espagnole, provoquée par la continuation sournoise du franquisme et de l’Opus Dei derrière le masque de la démocratie apparente, la jeunesse espagnole s’est révoltée, il y a déjà plusieurs années au moment du mouvement des « Indignés », devenu maintenant le parti Podemos, et qu’elle voit dans la crise nationaliste catalane l’opportunité d’attaquer efficacement le système pourri actuel ! Donc, derrière la proclamation d’une république catalane, viendrait la chute de la monarchie et du néo-franquisme. Je ne vous cache pas que c’est mon ardent souhait ! Mais est-ce bien réaliste ? Nous y verrons sans doute plus clair après les élections du 21 décembre prochain, annoncées par Rajoy (un comble !). Actuellement le dernier sondage donne des indépendantistes gagnants avec 48,7 % des intentions de vote. Mais cela peut changer…

 
 

Les unionistes, ceux qui veulent garder la Catalogne au sein du royaume d’Espagne, et qui ont organisé plusieurs manifestations à Barcelone à l’aide de 600 et même de 800 autobus amenant de toute l’Espagne des dizaines de milliers d’anti catalans de droite, dont quelques dizaines ont fini par créer de l’inquiétude en Israël avec leur saluts nazis dans la rue, ceux-là crient à la ruine économique, avec un certain succès, puisque l’opinion est sensible aux fait que 1600 entreprises ont déjà déménagé leur siège social vers l’Espagne, pour éviter de rester en dehors de l’Europe si se réalisait la sécession catalane. Mais on ne dit jamais qu’il existe en Catalogne plus de 670 000 entreprises ! Certes, parmi les 1600 qui ont fui, certaines sont très importantes, mais des observateurs indépendants comme Stieglitz pensent que la Catalogne peut parfaitement réussir économiquement en dehors de l’Europe et de l’Espagne, surtout d’ailleurs en abandonnant définitivement la catastrophique politique d’austérité économique (comme l’a toujours proposé Bernard Maris !). L’Espagne par contre ne peut pas survivre économiquement sans la Catalogne ! Le problème que pose la sécession catalane est alors celui, plutôt comique, de savoir si pour éviter toute sécession ce n’est pas plutôt l’Espagne qui devrait être catalane davantage que l’inverse !

 
 

Je suis sensible, cependant à l’argument selon lequel la sécession catalane, comme celle éventuelle de la Lombardie en Italie, correspond à la volonté de la riche bourgeoisie de laisser tomber le reste du pays beaucoup plus pauvre. L’argument de l’égoïsme, donc. Cela existe certainement. Mais je crois fermement que cela reste très minoritaire en comparaison de l’énorme mobilisation des jeunes indignés par 40 ans de franquisme ayant pourri en profondeur le pays, et 40 ans de néo-franquisme pseudo démocratique, situation contre laquelle une République catalane serait déjà un ballon d’oxygène bienvenu. Et un déclencheur qui probablement entraînera l’assainissement de l’ensemble de l’Espagne. Et même le retour d’une République fédérale ibérique, cette fois-ci avec le Portugal ! (pays où la gauche intelligente a refusé d’appliquer l’austérité européenne, c’est-à-dire celle de l’horrible Herr Schauble de madame Merkel).

 
 

À ce sujet, je reste fidèle à la pensée de Bernard Maris, largement reprise par Mélenchon, il faut sortir de l’Europe et de l’euro, c’est-à-dire de l’Europe allemande dont Mitterrand a fait cadeau à Kohl : un Euro intouchable, héritier du Mark, qu’il est interdit de dévaluer, pour cause de traumatisme profond en Allemagne des dévaluations successives après la Première Guerre mondiale, quand il fallait une brouette de Marks dévalués pour acheter une baguette de pain. Il faudra une nouvelle Europe sur des bases saines ! Une Europe des régions, cette Europe de 95 régions qui fait si peur à monsieur Juncker : elle ne sera en effet gérable que si les décisions y seront prises à la majorité, et non plus l’unanimité. Peut-être faudrait-il passer, tout d’abord, par une Europe du Sud, celle des pays PIGS comme disait Schauble, Portugal–Italie–Grèce–Spain. Extensible, un jour peut-être, au reste du bassin méditerranéen : une version moderne de l’Empire Romain ! Les catalans pourront alors apprendre la sardane aux Grecs, cette Sardax qu’ils ont oubliée depuis 3000 ans !

 

_accueil

_publications

_textes en ligne

_liens

 

Voilà à peu près ce que j’avais à vous dire. Sinon peut-être encore que je suis sensible aussi au ridicule grotesque de certains catalanistes délirants. L’excellente Isabelle Alonso m’a envoyé à ce sujet la vidéo d’une interview délirante du leader ultra catalaniste de l’ANC : c’est vraiment Catalonia über alles ! Je n’ai pas fini d’en rire !  Cliquez ici !

 
 

(Si ça ne marche pas : https://www.youtube.com/watch?v=m6XDKVk-xEQ)