Manuel Periáñez_____________________________________________manuelperianez1940@gmail.com

   
 



 

OOps ! Projet de manifeste surfonctionnaliste (2000)

Buts du mouvement surfonctionnaliste

La critique du fonctionnalisme en architecture au moment du postmodernisme, il y a dix-quinze ans, a désormais montré l'étroitesse de ses limites. Déjà Lyotard se défend désormais d'être "postmoderne": au tribunal de Pivot, il a du reconnaître que le terme même est fort mauvais (le moderne étant indépassable au sens de contemporain). L'excellente critique de Bruno Zevi contre les cinq imbrogli du postmodernisme (que j'ai republiée dans mon texte L'habitat évolutif, bien connu d'au moins dix personnes au monde), me servira ici de base pour continuer la démarche moderne et postmoderne tout en tirant les leçons de l'échec du surréalisme à intégrer valablement l'apport de la psychanalyse. Cet article polémique de Zevi sera donc supposé connu, et la démarche surfonctionnaliste qui s'impose désormais, du moins à mes yeux, consistera à dialectiser le fonctionnalisme pur et dur (étendu de l'architecture à tous les arts contemporains du mouvement Moderne) en y opposant/apposant ses contenus pulsionnels latents, tels que les dégage la psychanalyse freudienne la plus tranquillement orthodoxe et classique. Là où le surréalisme, se prétendant naïvement au dessus du Réel, ne montrait qu'une autre réalité et ne changeait donc finalement rien, car pourquoi ce fantasme-là et non l'un quelconque parmi les milliards d'autres, le surfonctionnalisme plonge, lui, résolument en dessous du Réel mais en propose la double lecture du contenu manifeste et du contenu latent dans son acception la plus indéniablement élémentaire.

La démarche surfonctionnaliste se présente donc comme une psychanalyse, forcément sauvage, du fonctionnalisme, obéissant au principe devereusien du "complémentarisme" (entre sociologie maussienne et psychanalyse freudienne orthodoxe). Le contenu latent, généralement sexuel, des principales œuvres fonctionnalistes en architecture et arts plastiques sera donc montré en arrière-fond, légèrement voilé par la brume blanche du refoulement préconscient. Le surfonctionnalisme prétend, la pulsion aidant, faire advenir, enfin, les œuvres (et, par delà la mort, leurs auteurs) à leur véritable destin. Le surfonctionnalisme se bat contre la Mort de l'Art, et dans ce combat par trop inégal, il n'hésitera pas, au risque d'une faute de goût, à employer l'arme de la démagogie la plus efficacement putassière, sans toutefois tomber dans les errances tristement politiciennes d'un Erró !

 

Origines obscurément devereusiennes du surfonctionnalisme

Quand Georges Devereux venait, dans les années 70,  parfois chez moi les dimanches manger du goulash pseudo-hongrois (confectionné, d'après ses ordres incessants au téléphone, par une de ses étudiantes dont je partageais l'existence, une Russe bien plus à l'aise avec le bortscht), il détestait apercevoir accrochés au mur quelques faux Mondriaan que je m'étais amusé à "peindre" à l'époque. Je cherchais quelque chose, d'abord à me moquer du marché de l'art bien sûr (les originaux valant déjà des fortunes à l'époque), mais surtout à comprendre la Hollande et l'esprit du calvinisme. Autant Devereux vitupérait contre Mondriaan, dont "la femme devait avoir eu des seins carrés, et un con carré", s'emportait-il sans élégance exagérée, autant mon investigation par ces remakes d'une belle névrose ethnique hollandaise lui faisait pardonner mes extravagances à ses yeux. Comme beaucoup de grands hommes, Devereux baisait beaucoup, et cela ne manque pas d'interpeller le bien-fondé de la théorie freudienne de la sublimation. Impossible de se borner à dire, comme le fait Tobie Nathan dans un Dictionnaire de Psychanalayse : "il était un peu grivois". L'aspect vertement rabelaisien d'un personnage considérable, qui fut, tout de même, le vrai fondateur de l'ethnopsychanalyse, lui fit évidemment du tort, et semble continuer d'en faire à certains disciples. On traite si facilement d'"obsédé sexuel" quiconque fait davantage, et surtout mieux, l'amour qu'on n'ose soi-même le faire! Elisabeth Roudinesco donne, elle, dans le mille quand elle dit de lui : "il aima passionnément les chevaux, les chiens et les femmes" (dans sa très belle petite biographie en forme d'introduction à la Psychothérapie d'un Indien des Plaines, récemment republiée chez Fayard), phrase qui a le mérite de jeter le soupçon sur l'importance réelle chez Devereux desdites passions : sa seule vraie passion fut son œuvre...

Pour sa part, il est connu que si Mondriaan a déconstruit la nature pour parvenir à l'abstraction et annoncer — prophétie qui semble presque accomplie de nos jours — la mort de l'art, lui ne baisait pas, pas du tout (détail décisivement aggravant qu'ignorait Devereux mais qu'il n'avait pas manqué, comme on vient de le voir, d'infailliblement pressentir dans ses tableaux), les diverses rondeurs et sinuosités de la Femme ne pouvant qu'être, à ses yeux, aussi toxiques que la couleur verte, qu'il avait proscrite de son univers (il avait été jusqu'à peindre en blanc les tiges vertes de tulipes en plastic dans son atelier, qui sans doute y symbolisaient la Hollande, haïe/aimée...)  Mais s'il ne baisait pas (comme Dalí, d'ailleurs), par contre, et sans doute par compensation, Mondriaan dansait : il fut un grand danseur à La Coupole et plus tard, à New-York, sa vieillesse ne l'empêcha pas de s'attaquer au boogie-woogie! Il était donc un grand névrosé rythmique et ascétique. Nous laisserons à d'autres l'analyse érudite de la perte du double aa, typiquement néerlandais, de son patronyme qui à Paris devint "Mondrian", et nous nous contenterons de remarquer qu'avec le boogie-woogie, auquel il consacra ses derniers tableaux jusqu'en 1944, Mondrian semble, la vieillesse et le retour du refoulé aidant, indiquer le chemin sur lequel nous essayons, à tâtons, d'avancer : ces doubles oo américains renvoient on ne peut plus clairement aux seins, aux gros, très gros seins dont raffolent les américains, et pour lesquels ils inventent, comme par hasard, des appellations elles-mêmes pourvues abondamment de doubles oo :

whoopers, bazooms, hooters, boobs, etc!

Passage à l'acte !

La première œuvre surfonctionnaliste, à visée didactique et de manifeste, consistera donc, pour commencer par quelque chose de très facile et évident, et en mémoire des emportements devereusiens de jadis, à peindre un Mondrian (forcément faux, pour éviter les ennuis avec les ayant-droit : les droits du plus "beau" selon Seuphor cs., la Composition en bleu et jaune de 1927, seraient hors de prix). Mais ce faux Mondrian sera peint, dans un format agrandi, par dessus l'image évanescente et légèrement voilée de blanc d'une plantureuse Sex-symbol ramassée sur Internet : le genre de coupable pensée qu'à l'évidence Mondrian a chassé de son esprit pendant toute son existence, s'évitant ainsi "l'insurmontable problème de la quadrature des seins" dont parlait Ramón Gómez de la Serna dès les années 1925. Et cette image d'une femme folle de ses rondeurs ne peut que rendre, au fou de l'orthogonalité Mondrian, les doubles OO de son boogie-woogie, avec une formidable paire de hooters! Et si Google, malgré ses doubles OO, nous fout à la porte pour pornographie, on ira tout droit... chez Xoom!

Mais comme un tableau vaut un million de mots, assez de paroles, des actes! En avant! Et comme disait Mondrian en 1938 : "Art has to be forgotten. Beauty must be realized".

 

Pseudo-Mondriaan à garnir de femmes, Manuel Perianez

___"Pseudo-Mondriaan à garnir de femmes N°001",
______Manuel Periáñez, 15/01/2000 à 18h15

 

Oops! Hommage à Georges Devereux 001, 2000

_________________________________"OOps!" (Hommage à Georges Devereux N°001),
_____________________________________Manuel Periáñez, 15/01/2000 à 18h18

 

 

 
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